Risque routier en entreprise : comment structurer une prévention efficace et intégrer le DUERP



Risque routier en entreprise : comment structurer une prévention efficace et intégrer le DUERP

Le risque routier est aujourd'hui la première cause de mortalité au travail en France.Pourtant, il reste encore trop souvent sous-estimé, voire absent des démarches de prévention dans de nombreuses entreprises. Pour les responsables Hygiène Sécurité Environnement (HSE), les Directeurs des Ressources Humaines (DRH) et les dirigeants de PME, comprendre cet enjeu — et y répondre concrètement — n'est plus une option. C'est une obligation légale et une responsabilité humaine.

Cet article vous propose un guide pratique pour identifier vos obligations, intégrer le risque routier dans votre Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), et déployer une démarche de prévention durable, applicable dès aujourd'hui.


Table des matières


Un risque professionnel majeur, des chiffres qui parlent

Chaque année, les routes françaises endeuillent des familles et des entreprises. Le risque routier est aujourd'hui la première cause de mortalité au travail en France, devant les chutes et les accidents de machines. Ce constat, établi par l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), doit interpeller tout chef d'entreprise ou responsable RH/HSE.

Selon le bilan publié par l'ONISR le 29 mai 2026, 3 263 personnes ont perdu la vie sur les routes en France métropolitaine en 2025, soit 70 décès de plus qu'en 2024 (+2,2 %). Le nombre total de blessés est estimé à 247 000, en hausse de 4,9 % par rapport à l'année précédente.

Pour les entreprises, la réalité est encore plus directe : en 2023, 440 personnes (et en 2024, 424 personnes) ont perdu la vie lors d'un trajet routier en lien avec le travail, selon les données de l'ONISR. Ces décès se répartissent entre accidents de trajet domicile-travail et accidents survenus en mission professionnelle.

Selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), conduire pour son travail entraîne des contraintes particulières et expose à des risques professionnels, notamment des accidents de la route, à l'origine de plus de 30 % des accidents mortels du travail.

Ces chiffres ne sont pas là pour alarmer, mais pour rappeler une réalité que votre démarche de prévention doit prendre en compte — avec méthode et pragmatisme.


Ce que dit la loi : les obligations de l'employeur

Une obligation générale de sécurité étendue aux déplacements

Le cadre juridique est clair. Le Code du travail impose à l'employeur une obligation de sécurité à l'égard de ses salariés. Cette obligation ne se limite pas aux accidents sur le lieu de travail, elle s'étend aux déplacements professionnels.

L'article L. 4121-1 du Code du travail précise que l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Quelle que soit la situation, il appartient à l'employeur de mettre en œuvre toutes les mesures propres à garantir la santé et la sécurité de ces travailleurs, qu'ils se trouvent dans l'entreprise ou sur la route en mission au volant d'un véhicule.

Accident de trajet et accident de mission : deux régimes distincts

Il est important de distinguer deux types d'accidents routiers liés au travail, qui n'engagent pas la même responsabilité :

Type d'accident Définition Régime juridique
Accident de trajet Trajet domicile ↔ lieu de travail Code de la Sécurité sociale (art. L. 411-2)
Accident de mission Déplacement dans le cadre de l'activité professionnelle Assimilé à un accident du travail
Responsabilité civile Dommages causés à des tiers Engagement possible de l'employeur
Responsabilité pénale Manquement à une obligation de sécurité Sanctions pénales pour l'employeur

La responsabilité pénale de l'employeur peut être engagée lorsque ce dernier a manqué à une obligation d'ordre public liée au Code Pénal ou au Code du Travail, pouvant entraîner un accident du travail ou une maladie professionnelle.

Ce que cela signifie concrètement pour votre entreprise

En cas d'accident grave ou mortel impliquant un salarié en déplacement professionnel, la justice peut examiner si l'employeur avait :

  • Évalué et documenté le risque routier dans le DUERP
  • Mis en place des formations adaptées
  • Défini des règles d'utilisation des véhicules (car policy)
  • Encadré l'usage du téléphone au volant et les temps de conduite

📊 1ère cause de mortalité au travail en France - Risque routier professionnel


Le DUERP, pierre angulaire de votre démarche

Qu'est-ce que le DUERP et pourquoi est-il obligatoire ?

Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est un document légalement obligatoire pour toute entreprise dès l'embauche du premier salarié. Il consigne le résultat de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité auxquels peuvent être exposés les salariés, et l'évaluation des risques professionnels est de la responsabilité de l'employeur.

Pour les entreprises de 50 salariés et plus, le DUERP doit être accompagné d'un Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d'Amélioration des Conditions de Travail (PAPRIPACT).

Le DUERP doit être mis à jour au moins chaque année dans les entreprises de plus de onze salariés, ou lors de toute modification des conditions de travail.

Pourquoi le risque routier doit impérativement figurer dans le DUERP

Le risque routier doit être intégré au DUERP au même titre que tout autre risque professionnel. Ne pas intégrer le risque routier dans le DUERP constitue une faute professionnelle qui expose l'entreprise à des conséquences juridiques et financières majeures.

L'article L. 4121-3 du Code du travail précise que la mise en œuvre d'une démarche de prévention implique une évaluation de tous les risques auxquels sont exposés les salariés, compte tenu de la nature des activités de l'établissement et des équipements de travail utilisés. C'est à l'occasion de cette évaluation que l'employeur devra prendre en compte les risques auxquels sont exposés les salariés dans le cadre de l'activité de conduite.

Comment intégrer le risque routier dans votre DUERP : méthode en 4 étapes

Étape 1 — Identifier les unités de travail exposées

Listez tous les postes impliquant des déplacements : commerciaux itinérants, techniciens de maintenance, livreurs, assistantes de direction effectuant des trajets réguliers, etc. Ne négligez pas les déplacements occasionnels.

Étape 2 — Évaluer le niveau de risque

Pour chaque unité de travail, évaluez :

  • La fréquence et la durée des déplacements
  • Le type de véhicule utilisé (VL, VUL, deux-roues)
  • Les conditions de conduite (nuit, autoroute, zones urbaines)
  • Les facteurs aggravants (stress, fatigue, téléphone)

Étape 3 — Formaliser les mesures de prévention

Le plan d'actions de prévention du risque routier dans l'entreprise s'appuie sur le document unique et les risques mis en évidence. Documentez les actions retenues : formation, charte conducteur, entretien des véhicules, règles de communication en déplacement.

Étape 4 — Mettre à jour et suivre

Le DUERP n'est pas un document figé. Révisez-le après chaque accident, changement d'organisation ou acquisition de nouveaux véhicules.

📊 Obligatoire au moins 1 fois/an pour les entreprises de +11 salariés - Mise à jour DUERP


Les 4 axes d'une prévention efficace

La prévention du risque routier consiste à agir sur les déplacements, les communications, l'état des véhicules et les compétences des salariés à la conduite. Ces quatre axes forment un système cohérent qu'il convient d'activer simultanément.

Axe 1 — organiser les déplacements

L'organisation est le premier levier de prévention. Avant même que le salarié monte dans son véhicule, l'entreprise peut agir :

  • Favoriser les alternatives à la route (visioconférence, train pour les trajets > 2h)
  • Planifier des départs aux heures creuses pour limiter l'exposition aux bouchons
  • Interdire les déplacements de nuit non indispensables
  • Fixer des règles sur les amplitudes horaires maximales de conduite

Axe 2 — encadrer les communications

L'usage du téléphone au volant est l'une des premières causes d'accidents. Votre entreprise peut :

  • Intégrer dans la charte conducteur l'interdiction formelle d'utiliser le téléphone en conduisant
  • Mettre en place des plages horaires de joignabilité compatibles avec les déplacements
  • Équiper les véhicules de systèmes mains libres conformes

Axe 3 — assurer l'état des véhicules

Un parc automobile bien entretenu est un prérequis de sécurité :

  • Contrôles techniques à jour
  • Vérification régulière des pneumatiques, freins, éclairage
  • Adaptation des véhicules aux missions (chargement, équipements de sécurité)
  • Procédure de signalement des anomalies par les conducteurs

Axe 4 — développer les compétences des conducteurs

Action Objectif Fréquence recommandée
Formation initiale conduite sécurisée Acquérir les bons réflexes À l'embauche
Stage de perfectionnement Actualiser les pratiques Tous les 3 à 5 ans
Sensibilisation e-learning Rappeler les règles clés Annuellement
Bilan de conduite individuel Identifier les comportements à risque Sur signalement ou après incident

Sensibilisation et formation : des leviers concrets

La formation, un investissement rentable

Les entreprises qui forment régulièrement leurs conducteurs constatent en moyenne une réduction de 50 % des accidents corporels, de 20 % des frais d'entretien et petits sinistres, de 15 % de la consommation de carburant via l'éco-conduite et de 15 % des émissions polluantes.

Ces résultats illustrent une réalité souvent méconnue : la formation à la conduite sécurisée n'est pas un coût, c'est un investissement à retour mesurable — humainement et financièrement.

Les outils de sensibilisation à votre disposition

Pour compléter la formation, plusieurs outils peuvent être déployés en entreprise :

  • La charte conducteur : document signé par chaque salarié amené à conduire, formalisant les règles de comportement au volant (téléphone, vitesse, alcool, fatigue). Elle renforce l'engagement individuel et la traçabilité de la démarche.
  • La car policy : politique globale de l'entreprise sur l'utilisation des véhicules, intégrant les règles de sécurité, d'entretien et d'usage personnel éventuel.
  • Les modules e-learning : accessibles à tous les collaborateurs, ils permettent une sensibilisation flexible et traçable, particulièrement adaptée aux PME ne pouvant pas mobiliser tous leurs conducteurs en même temps.
  • Les campagnes internes : affichages, newsletters, ateliers de sensibilisation lors de journées sécurité — comme l'illustre la journée prévention risque routier organisée à Réau en mai 2026, qui réunit employeurs, salariés et partenaires institutionnels autour de mises en situation concrètes.

Lien avec le plan de prévention mobilité

Le Plan de Prévention Mobilité (PPM) est un outil complémentaire au DUERP, qui formalise l'ensemble des actions menées pour réduire les risques liés aux déplacements domicile-travail et professionnels. Pour les entreprises de plus de 50 salariés situées dans certaines zones, il peut s'articuler avec le Plan de Mobilité Employeur (PDMe) prévu par la loi d'orientation des mobilités.

📊 -50% en moyenne après formation conduite sécurisée - Réduction des accidents corporels


Checklist opérationnelle : votre plan d'action risque routier

Voici une checklist pratique pour structurer ou auditer votre démarche de prévention du risque routier en entreprise :

✅ diagnostic initial

  •  Identifier tous les postes impliquant des déplacements (trajet et mission)
  •  Recenser les accidents et incidents routiers des 3 dernières années
  •  Évaluer le parc de véhicules (état, âge, équipements)
  •  Analyser les pratiques de déplacement actuelles (horaires, distances, fréquences)

✅ intégration au DUERP

  •  Créer ou mettre à jour la fiche risque routier dans le DUERP
  •  Évaluer la criticité (fréquence × gravité) pour chaque unité de travail exposée
  •  Définir les mesures de prévention associées et les responsables
  •  Planifier la prochaine mise à jour du DUERP

✅ mesures organisationnelles

  •  Rédiger ou actualiser la charte conducteur et la faire signer
  •  Définir une car policy claire (usage du téléphone, alcool, fatigue)
  •  Mettre en place un calendrier d'entretien des véhicules
  •  Instaurer des règles sur les amplitudes de conduite

✅ formation et sensibilisation

  •  Planifier les formations initiales pour les nouveaux conducteurs
  •  Programmer des sessions de recyclage pour les conducteurs existants
  •  Déployer un module de sensibilisation e-learning annuel
  •  Organiser une journée ou un atelier sécurité routière interne

✅ suivi et amélioration continue

  •  Définir des indicateurs de suivi (taux d'accidents, km parcourus, sinistralité)
  •  Analyser chaque accident ou presque-accident
  •  Partager les résultats avec le Comité Social et Économique (CSE)
  •  Réévaluer le plan d'action annuellement

Questions fréquentes (FAQ)

Le risque routier est-il obligatoirement inscrit dans le DUERP ?

Oui. Le DUERP doit recenser tous les risques professionnels auxquels sont exposés les salariés, y compris les risques liés aux déplacements. Que vos collaborateurs conduisent quotidiennement ou occasionnellement dans le cadre de leur mission, ce risque doit être évalué, documenté et faire l'objet d'un plan d'actions. L'absence du risque routier dans le DUERP peut constituer un manquement à l'obligation de sécurité de l'employeur, susceptible d'engager sa responsabilité en cas d'accident.

Quelle est la différence entre accident de trajet et accident de mission ?

L'accident de trajet survient sur le parcours entre le domicile et le lieu de travail. Il est couvert par le Code de la Sécurité sociale mais n'engage pas directement la responsabilité de l'employeur en termes de faute. L'accident de mission survient pendant un déplacement effectué pour le compte de l'entreprise : il est assimilé à un accident du travail, et la responsabilité de l'employeur peut être pleinement engagée, notamment s'il n'a pas mis en place de mesures de prévention adaptées.

Quelles sont les sanctions encourues par l'employeur en cas d'accident routier professionnel ?

En cas de manquement à l'obligation de sécurité, l'employeur s'expose à des sanctions civiles (indemnisation des victimes, majoration des cotisations AT/MP), pénales (délit de mise en danger d'autrui, homicide ou blessures involontaires) et administratives. L'absence de DUERP ou son caractère incomplet constitue également une infraction passible d'amende.

Comment former efficacement ses conducteurs sans immobiliser toute l'équipe ?

Plusieurs formats permettent de concilier formation et continuité d'activité : les modules e-learning peuvent être suivis individuellement à distance, les stages de conduite peuvent être planifiés par petits groupes, et les ateliers de sensibilisation internes (30 à 60 minutes) peuvent être intégrés aux réunions d'équipe existantes. L'essentiel est de documenter ces actions pour pouvoir en attester en cas de contrôle.

À quelle fréquence faut-il mettre à jour le volet risque routier du DUERP ?

Le DUERP doit être mis à jour au moins une fois par an pour les entreprises de plus de 11 salariés. Le volet risque routier doit également être révisé à chaque changement significatif : arrivée de nouveaux conducteurs, changement de véhicules, modification des zones ou fréquences de déplacement, ou après tout accident ou incident routier.


Chiffres clés

📊 3 263 décès sur les routes françaises en 2025, soit +2,2 % par rapport à 2024 (Source : ONISR, mai 2026)

🚗 +30 % des accidents mortels du travail sont liés au risque routier professionnel (Source : INRS)

💡 -50 % d'accidents corporels en moyenne dans les entreprises qui forment régulièrement leurs conducteurs (Source : données terrain entreprises formées)

⚠️ 424 décès liés à un trajet routier professionnel en 2024 (Source : ONISR)


Conclusion : agir maintenant, protéger durablement

Le risque routier en entreprise n'est pas une fatalité. C'est un risque professionnel comme les autres — identifiable, évaluable et maîtrisable — à condition d'y consacrer la même rigueur que l'on applique aux risques chimiques ou aux chutes de hauteur.

La démarche est claire : évaluer, documenter dans le DUERP, former, sensibiliser, et suivre les indicateurs. Chaque étape franchie réduit concrètement l'exposition de vos collaborateurs et renforce la solidité juridique de votre entreprise.

Vous souhaitez aller plus loin ? Réalisez un audit de votre démarche de prévention du risque routier pour identifier vos zones de vulnérabilité et bâtir un plan d'action personnalisé. Nos articles complémentaires vous accompagnent sur les thèmes de la formation conduite sécurisée, des indicateurs de suivi de la sinistralité et de l'intégration du risque routier dans votre DUERP numérique.

""Conduire pour son travail entraîne des contraintes particulières et expose à des risques professionnels, à l'origine de plus de 30 % des accidents mortels du travail.""
— INRS - Institut National de Recherche et de Sécurité